Confusion des mots

Personne n’est propriétaire de ses mots. Mais en campagne électorale, les emprunts des uns et des autres ne sont pas anodins. Prenez Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de gauche. Il accuse Marine Le Pen de « piller à grande échelle le vocabulaire et les références du Front de gauche: révolution, nuit du 4-août, porte-parole des invisibles« . Sur son blog, l’ancien socialiste poursuit: « Nous comprenons l’intention: disputer le terrain de la seule force politique présente dans les entreprises et les quartiers populaires qu’est notre Front de gauche« . Prenez François Bayrou. Il braconne sur les thèmes chers au FN: production nationale, lutte contre la corruption, rejet des deux blocs UMP et PS, etc. « Ni de droite, ni de gauche« , répète-t-il comme d’autres. Fin analyste politique, Guillaume Tabard explique dans Les Echos: « Si François Bayrou rêve toujours de séduire les électeurs de la droite modérée déçus par Sarkozy ; s’il espère attirer les sociauxdémocrates qui ne jugent pas crédible le programme de François Hollande ; il entend désormais cibler l’électorat populaire, premier vivier de Marine Le Pen. » Bayrou attaque Le Pen dans une lutte au couteau pour la troisième place. Sur lexpress.fr, le directeur d’étude politique chez OpinionWay analyse: « Il y a encore un monde entre François Bayrou et Marine Le Pen, il n’y a pas de match. Il a perdu une grande partie de son électorat depuis l’entre-deux tours de 2007, où il s’est montré trop anti-sarkozyste et pas assez centriste. »
Inutile de tourner autour du pot: tous les candidats veulent élargir leur électorat traditionnel aux classes populaires, « à ces quelque 40% d’électeurs qui affirment aujourd’hui ne se reconnaître ni dans la droite, ni dans la gauche » (Le Monde du 7 décembre 2011). Ce sont 16 millions de voix qui sont à prendre.

Cette entrée a été publiée dans Courrier de l'Est. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.